L’explosion du street art « made in France »

Désormais reconnu, le street art remporte depuis peu l’adhésion du grand public. Dans ce qui apparaît comme un phénomène planétaire, les artistes français se distinguent tout particulièrement.

A Vitry-sur-Seine, les murs se suivent mais ne ressemblent pas. Rue après rue, les œuvres de street art se succèdent, apportant une certaine poésie appréciée des Vitriots. Depuis près de cinquante ans, cette ville du Val-de-Marne mène une intense politique culturelle d’implantation d’œuvres urbaines : l’arrivée du street art à Vitry-sur-Seine n’a donc rien d’un hasard.

Initialement connu sous le nom « d’art urbain » ou « writing », cet art est apparu vers la fin des années 1960 aux Etats-Unis sous la forme de graffitis, tags, collages et autres affiches, dans les rames du métro new-yorkais.  A l’origine assimilé à du vandalisme, ce nouveau moyen d’expression – des jeunes surtout – s’est imposé peu à peu comme un art à part entière jusqu’à rencontrer un succès fulgurant depuis la fin des années 2000. 

Il s’est notamment considérablement développé à Vitry-sur-Seine à partir de 2008, année où C215, pochoiriste français, a posé ses bagages dans cette ville de 85 000 habitants et a décidé d’en faire sa plus grande aire de jeu. L’artiste a été rapidement contacté par la municipalité, qui l’a aidé à développer son projet.  Conscient de la liberté accordée par la mairie quant aux supports, C215 a accéléré l’opération : « J’ai invité plusieurs artistes français et étrangers à venir peindre à Vitry »,  la ville du Mac/Val, premier musée d’art contemporain en banlieue.

Œuvre de M.Chat

Au total, près d’une centaine d’artistes sont intervenus sur ces murs. « Il a fallu codifier, préciser aux artistes les règles à respecter concernant les supports utilisés, une sorte de charte de bonne conduite du domaine urbain », explique Alain Audoubert, maire (PC) de Vitry-sur-Seine. Aujourd’hui, la notoriété de Vitry est telle que les amoureux de street art viennent des quatre coins du monde pour immortaliser à coups de flash ou de vidéos ces œuvres fragiles et éphémères. Vitry-sur-Seine est devenu l’une des capitales du street art et une véritable vitrine de ce mouvement urbain.

Le street art à la conquête de Paris

Le 13e arrondissement de Paris a lui aussi succombé à cet art urbain. Le galiériste Medhi Ben Cheikh, après un tour de chauffe réussi à Montry, une petite ville de Seine-et-Marne qu’une trentaine d’artistes ont « décoré » à partir de 2009, a proposé à Jérôme Coumet, maire (PS) de cet arrondissement du sud parisien, d’en faire « un musée à ciel ouvert ». «Passionné d’art, il venait souvent dans ma galerie. Il a attrapé l’idée au vol », dit Mehdi Ben Cheikh. « J’ai voulu faire sortir la culture de ses traditionnels lieux de représentation pour l’offrir au plus grand nombre », a expliqué Jérôme Coumet au magazine TreizeUrbain.

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Puis est arrivée la « Tour Paris 13 », pièce maîtresse de ce projet culturel. Cette tour, vouée à la destruction, s’est transformée, en octobre, en une exposition incontournable pour tout amateur d’art.

>> Voir le visuel interactif du Monde.fr sur la Tour Paris 13

Pendant plus de huit mois, une centaine d’artistes venue des quatre coins de la planète s’était relayée pour redécorer l’intégralité de cet ancien immeuble de logements sociaux. « J’espérais que le milieu du street art viendrait visiter la Tour, mais c’est devenu de la folie, je ne m’attendais pas à un tel succès, certains faisaient huit heures de queue », raconte Mehdi Ben Cheikh, à l’initiative du projet.

Cet engouement de la part du public est source de motivation. « En matière de street art, le 13e arrondissement a acquis une nouvelle réputation, proche de celle de New York ou de Lisbonne, soutient Jérôme Coumet. Nous ne nous arrêterons pas là ». Aujourd’hui, plus d’une quinzaine de façades d’immeubles sont peintes dans le 13e. Shepard Fairey, alias OBEY, y a notamment réalisé une fresque.

Internet comme raison majeure du succès

Médiatisé ces dix dernières années, encore récemment avec des expositions  comme Né dans la rue à la Fondation Cartier, Keith Haring : The political line au musée d’art moderne de Paris  ou Au-delà du street artau musée de la Poste, le street art voit sa cote augmenter auprès du public. « Le street art est totalement libre et facilement accessible grâce à Internet, estime Medhi Ben Cheikh. Cet engouement est d’ordre générationnel, beaucoup de jeunes ont grandi avec des graffitis en bas de chez eux  : c’est un monde, une sensibilité qui interpelle, qui parle à cette génération qui arrive à maturité aujourd’hui.« 

Christian Guémy, alias C215, grand nom français de la mouvance, renchérit : « Le vrai succès du street art vient des réseaux sociaux. C’est un art qui est intelligible, compréhensible rapidement et qui se partage bien. » Les quelque 250  000 fans qui le suivent sur les différents réseaux sociaux favorisent une large diffusion de ses œuvres.

Le street art français a la cote

A l’heure où les ventes aux enchères se multiplient dans le milieu du street art, les artistes français sont de plus en plus présents et influents  : Mr Brainwash,Invader, Speedy Graphito, Jef Aérosol, C215, Blek le rat, JR, autant de noms qui figurent de manière récurrente dans ce type de vente et qui voient partir leurs œuvres pour un montant à cinq voire six chiffres. La dernière vente Artcurial de janvier 2013 a totalisé 1,2 million d’euros de lots vendus. L’œuvre d’Invader, Apple Space , adjugée à 25  700 euros,  a ainsi vu son estimation doubler ; une peinture sur boîte aux lettres de C215 , attribuée à 23  200 euros, l’a quant à elle quadruplé, tout comme la performance Warhol & Basquiat  de Jef Aérosol, cédée à 19  300 euros..

Nantes, Rennes, Saint-Malo…

Si Paris et sa banlieue font figure de proue, la province n’est pas en reste. Dans le cadre du « Voyage à Nantes », plusieurs associations ont présenté en 2012 un projet pour retracer l’histoire du graffiti à travers un parcours urbain proposé par plus d’une trentaine de graffeurs  locaux et internationaux. Fort de ce succès, les associations impliquées ont renouvelé l’opération cette année en transformant le centre-ville de Nantes à coup de bombes aérosols.

Durant le mois de septembre, Rennes et Saint-Malo ont accueilli le Festival d’art urbain « Teenage Kicks ». Pour sa première édition, il a réuni une quarantaine d’artistes qui ont décoré les rues des deux villes bretonne. Depuis 2002, la ville de Rennes mène une politique de soutien au street art en proposant des murs aux artistes.

Le street art s’invite aussi à la campagne  : Speedy Graphito a ainsi exposé plusieurs de ses œuvres dans la commune yvelinoise de Saint-Arnoult en septembre 2013. C215, quant à lui, sillonnera les routes de France en 2014 pour présenter son art dans de petites communes et villages. Le street art fait donc … tâche d’huile.

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